bien des années auparavant il avait dit qu'il "serait content de mourir" s'il ne devait pas trop souffrir. Mais ses souffrances furent atroces, et, peut-être souhaitait-il encore vivre. Au matin du 3 juin, il demanda de la morphine, et dit à Robert Klopstock: "Vous me l'avez toujours promise, depuis maintenant quatre ans. Vous me torturez, vous m'avez toujours torturé. Je ne veux plus vous parler. C'est ainsi que je mourrai". On lui fit deux piqures. Apres la seconde, il dit: "Ne vous moquez pas de moi. Vous me donnez une antidote. Tuez moi, sans quoi c'est un assassinat". Lorsqu'on lui donna de la morphine, il en fut heureux. "C'est bien ainsi, mais encore, encore, elle ne fait pas d'effet." Il s'endormit lentement, se réveilla dans un état confus. Klopstock lui soutenait la tête, il le prit pour sa sœur Elli : "Ecarte-toi, Elli, pas si près, pas si près..." Puis, d'un geste brusque et inhabituel, il ordonna à l'infirmière de sortir; il arracha violemment sa sonde, et la jeta au milieu de la pièce: "Assez de cette torture. Pourquoi la prolonger? " Lorsque Klopstock s'eloigna du lit pour nettoyer la seringue, Kafka lui dit: "Ne partez pas. - Non, je ne pars pas" - répondit Klopstock. D'une voix profonde, Kafka reprit: "Mais c'est moi qui m'en vais".
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